Qualité de l’air : l’étude de la défiance pour info (Attention Atmo Auvergne n’est pas Atmo Paca)

​A quand une étude indépendante dans la Roya ?​
INSPIRE NEWSLETTER # 104

UNE ÉTUDE PRIVÉE SUR L’AIR ET LES SOLS AU PAYS DU MONT-BLANC

Ou le cri de désespoir des habitants

Dimanche 14 janvier, nous apprenions dans un article du Dauphiné Libéré qu’un collectif citoyen nommé «Coll’air pur» avait fait réaliser une étude privée auprès du laboratoire indépendant Analytika, afin de mesurer à un instant T le taux de pollution dans l’air, dans la ZAE des Egratz, près du lycée du Mont-Blanc à Passy et dans les sols.

Les prélèvements effectués en été, alors que les chauffages domestiques sont éteints, montrent de forts taux de particules dans l’air et la présence en quantité conséquente de métaux lourds au niveau du sol, parmi lesquels le zinc, le plomb, le cuivre, le chrome, le nickel et l’arsenic. Une contamination significative aux Composés Organiques Volatils (COV) a aussi été détectée. Ces polluants sont liés à une pollution industrielle, ressentie et décriée régulièrement par les habitants de Passy et de Servoz en particulier.

D’après Analytika, ces mesures n’ont pas de valeur statistique, mais donnent un ordre de grandeur de la teneur de différents composés, dont la plupart ne sont pas régulièrement mesurés par l’organisme officiel de surveillance de la qualité de l’air ATMO Auvergne Rhône-Alpes.

Une étude qui soulève d’importantes questions

Dès dimanche soir, Inspire a envoyé un message électronique au cabinet du Préfet et au Président d’ATMO Auvergne Rhône-Alpes pour demander une réponse et une évaluation honnête de cette étude, ses révélations et de ses limites, mais aussi, des limites de la surveillance faite par ATMO. Nous apprenons à l’instant qu’ATMO propose aux représentants associatifs et élus du territoire une réunion pour présenter des éléments de diagnostic et échanger, dès la semaine prochaine.

Quelles que soient les méthodes ou la pertinence des résultats de l’étude elle-même, il est grand temps que nos autorités regardent en face les signaux qui accompagnent de telles démarches de la part de citoyens. Ceci fait écho aux études effectuées par les citoyens de Fos-sur-Mer, eux aussi insatisfaits de la surveillance officielle de la qualité de l’air liée aux émissions industrielles et en quête d’informations plus complètes concernant l’air qu’ils respirent vraiment.

Des inquiétudes trop longtemps ignorées

Depuis la révolte citoyenne «des asphyxiés» de l’hiver 2016-17, les habitants du pays du Mont-Blanc ont eu l’impression que les élus et entreprises n’agissaient pas suffisamment vite et fermement pour lutter contre un fléau qu’ils subissent au quotidien. Les discours officiels n’ont pas beaucoup évolué depuis la fin 2016. Certains ont même été particulièrement condescendants et révoltants. Les citoyens ne supportent plus d’entendre dire que les usines émettent uniquement de la vapeur d’eau, que SGL Carbon respecte la réglementation ou que l’incinérateur de Passy est propre, puisqu’il n’émet pas de particules. Ils ne supportent plus non plus d’entendre que la pollution locale n’est pas pire que celle des grandes villes, ou encore qu’il s’agit d’un ressenti plutôt que d’une réalité.

De plus, l’organisme officiel de la qualité de l’air ATMO Auvergne Rhône-Alpes s’est attiré un discrédit certain en annonçant en septembre 2017 que la «pollution de l’air» avait baissé de 42% au pays du Mont-Blanc, sans plus d’explications ou de précisions. Ces annonces ont été reprises en continu par les élus du pays du Mont-Blanc, pour tenter d’apaiser les citoyens et pour justifier leur action trop hésitante face à l’ampleur réelle du problème.

Colère, ATMOS-faire de la vallée – extrait du web-documentaire ATMOSphère

LE FOSSÉ SE CREUSE ENTRE LES HABITANTS ET LEURS AUTORITÉS

La confiance est perdue

Les  autorités du département et du pays du Mont-Blanc se sont longtemps voilé la face et n’ont pas su voir l’importance de la mobilisation locale des citoyens contre la pollution de l’air.

  • Le Préfet a refusé, à plusieurs reprises, de prendre en compte le problème de la pollution de l’air, dont une pétition que lui proposaient des citoyens de Passy qui comptait 3.600 signatures (sur 10.000 habitants dans la commune). «Quand vous aurez récolté 10.0000 signatures, revenez me voir», leur avait-il répondu. Pour la petite histoire, ceci avait été l’élément déclencheur dans la mise en place de la campagne Inspire en 2013.

  • Le Sous-Préfet s’était ensuite moqué des manifestations des citoyens sur la question de l’air et avait également répondu, dédaigneusement, que quand nos manifestations rassembleraient 5.000 personnes, peut-être qu’il y prêterait attention. Cette réponse avait poussé un groupe de citoyens à organiser le grand rassemblement Appel d’Air du 29 mai 2016. 2.000 personnes s’étaient déplacées sous une pluie diluvienne, un dimanche de fête des mères, en dehors de tout pic de pollution, pour dire leur raz-le-bol de la pollution de l’air. 1.940 participants avaient patienté dans une file d’attente pour signer une pétition et montrer qu’ils étaient présents. Si le temps avait été clément, on imagine facilement que le nombre de manifestants aurait dépassé la barre des 5.000.

La révolte de l’hiver dernier était prévisible, la défiance des citoyens n’a cessé de grandir suite au manque d’action et de réaction de la part de certains décideurs. Certains habitants du pays du Mont-Blanc se sentent oubliés, méprisés, piétinés par les autorités. Le vase est plein depuis longtemps et est prêt à déborder à la moindre mauvaise nouvelle. Le départ de certaines familles et le souhait de certains de quitter la région est aussi le signe qu’un malaise profond s’est installé sur notre territoire, pourtant exceptionnellement attractif.

Le niveau de désespoir atteint par certains, plus particulièrement dans la plaine du Mont-Blanc, doit enfin être pris en considération par les élus du territoire, les entreprises, mais aussi par la Préfecture et l’État.

Les messages envoyés par cette initiative privée montrent :

  1. Le besoin d’information sur la nature de l’ensemble des polluants auxquels sont exposées les populations au pays du Mont-Blanc et pas uniquement les particules PM10, dont les décideurs parlent à l’exclusion de tous les autres polluants. La surveillance officielle de la qualité de l’air est restreinte à une poignée de polluants, alors que des centaines de polluants circulent dans l’air. Si des métaux sont présents dans l’air, les populations ont le droit d’en être informées. Le souffre n’est plus surveillé à Passy, alors que les odeurs se font de pire en pire chaque année.

  2. Le besoin d’une mesure des émissions industrielles en continu. De plus en plus de citoyens nous font part de leurs suspicions de «dégazage» ou activités polluantes la nuit, lorsque les fumées ne sont pas visibles.

  3. La soif de transparence face aux sources de pollution industrielle et routière.

  4. La défiance grandissante des habitants de la vallée de l’Arve concernant les informations données par les autorités, les élus et les organismes qui leurs semblent officiels.

  5. La demande d’information des habitants, de Chedde en particulier, concernant la pollution des sols de leurs jardins et leurs interrogations par rapport à l’intérêt ou au danger de consommer les fruits et légumes qui y poussent.

La fin de l’air industriel – extrait du web-documentaire ATMOSphère

L’ÉTUDE DU DÉSESPOIR ET DE LA DÉFIANCE

Mesdames et Messieurs les décideurs, ouvrez les yeux

Bien plus qu’une simple étude, ce nouvel épisode est la preuve qu’une crise de confiance profonde existe entre les décideurs et les habitants du pays du Mont-Blanc, inquiets au quotidien pour leur santé. Loin d’avoir été commanditée par des rebelles marginaux ou violents, cette expertise privée a été financée par une citoyenne de St Gervais, une grand-mère qui voudrait tant que ses petits-enfants puissent grandir au pays du Mont-Blanc, à l’air pur de la montagne, vanté par les publicités du secteur du tourisme.

Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Préfet, Mesdames et Messieurs les chefs d’entreprises, entendez ce cri de désespoir poussé par des habitants de notre territoire, qui méritent mieux que d’être méprisés, critiqués ou une fois de plus ignorés. C’est là le premier message de cette étude. Cet épisode doit être l’occasion de mettre en place un climat de confiance et de transparence entre les autorités et les habitants de la vallée de l’Arve. La sortie de la crise ne sera envisageable que si le dialogue s’instaure entre les habitants «oubliés» et ceux qu’ils considèrent comme décisionnaires.

Association pour l’amélioration de la qualité de la vie et de la qualité de l’air au pays du Mont-Blanc
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